Rechercher
  • CJP-Pointe Noire

Violences policières récurrentes dans la ville de Pointe Noire:

Mis à jour : 24 déc. 2018


La Commission Justice et Paix sonne l’alarme.



« Respectons et protégeons la vie. Le droit à la vie est un droit naturel et fondamental ! »


C’est autour de ce thème que la Commission Diocésaine Justice et Paix (CDJP) de Pointe Noire a tenu une conférence de presse dans la salle de conférence de la Caritas au Centre Polio ; quartier Fouks/Matende ce samedi 22 décembre 2018.


Une initiative motivée par le constat macabre que depuis le mois d’octobre 2015, au nom de la lutte contre le grand banditisme, la ville de Pointe Noire connaît des violences policières caractérisées par des interpellations et arrestations arbitraires, des exécutions sommaires, des enlèvements voire des disparitions de personnes. Un état de chose qui crée la psychose dans la cité ponténégrine.


Pour planter le décor, une vidéo de témoignages de proches parents de certaines victimes, tuées par la force de sécurité publique ou mortes des suites de mauvais traitements subis dans les locaux de la police ou de la gendarmerie de Pointe Noire a été projetée.

(voir la vidéo : https://youtu.be/oz4JLHdvDFY)


Dans son allocution d’ouverture de la conférence de presse, l’abbé Raymond Kinga Makaya, coordonnateur de la Commission Diocésaine Justice et Paix de Pointe Noire, rappellera les principes fondamentaux de l’Eglise catholique romaine en matière de respect et de défense du droit à la vie :

« La défense et le respect des droits humains, y compris le respect du droit à la vie pour lequel nous sommes rassemblés ce matin, font partie de la mission prophétique de l’Eglise. L’Eglise enseigne que la vie humaine est sacrée parce que dès son origine, elle comporte l’action créatrice de Dieu, et demeure pour toujours dans une relation spéciale avec le Créateur, son unique Fin. Dieu seul est le Maître de la vie, de son commencement jusqu’à son terme. Dieu se proclame seigneur absolue de la vie de l’Homme, formé à son image et à sa ressemblance. C’est pourquoi Dieu se fera le juge exigent de toute violence contre la vie humaine».

C’est donc dans la droite ligne de cette position de l’Eglise Catholique que la Commission Diocésaine Justice et Paix de Pointe Noire a décidé de tirer sur la sonnette d’alarme pour attirer l’attention sur toutes les violations du respect du droit à la vie qui s’observent de plus en plus dans le diocèse ponténégrin.


Abbé Raymond Kinga Makaya, Coordonnateur de la Commission Diocésaine Justice et Paix de Pointe Noire

L’autre moment non moins important de cette conférence de presse est le rappel par Maître Nelson Kodom Ampieh Ndong, avocat au Barreau de Pointe Noire et membre du Groupe d’Action contre l’Impunité GAI (pour info, voir : https://www.cjusticepaix-pnr.org/nous-soutenir) des principes légaux nationaux et supranationaux régissant la défense et le respect du droit à la vie. Il dira que c’est sans nul doute la considération du caractère sacré de la vie humaine qui a poussé les nations civilisées, constituées en Etats à se résoudre,

« le 26 Juin 1945 à San Francisco à proclamer leur foi dans les droits fondamentaux de l’homme, tout particulièrement le droit à la vie humaine, dans la dignité et la valeur de la personne humaine et, consacrent des dispositions protectrices de la vie humaine dans leurs constitutions respectives.

La République du Congo, poursuivra-t-il, membre du concert des nations civilisées depuis son indépendance, n’a pas dérogé à la règle au travers des constitutions et acte fondamental qu’elle a connu. Il rappellera, une nouvelle fois, tous les articles de la Constitution de la République du Congo, relatifs au respect et à la défense du droit à la vie de la personne humaine avant de conclure :

« C’est donc en considération de ces dispositions nationales et supranationales sur le respect du droit à la vie et, au regard du nombre croissant de citoyens privés de ce droit fondamental tant par des bandits isolés ou en bandes organisées et, plus grave encore que par ceux qui sont investis de la mission de veiller au respect du droit à la vie des populations, j’ai cité les agents de police et de gendarmerie voire de l’armée nationale que la Commission Justice et Paix de l’Eglise Catholique, Diocèse de Pointe-Noire a tenu à faire ce point de presse, question d’attirer l’attention de tous, en cette fin d’année, sur la nécessité du respect scrupuleux de ce droit fondamental. »


Maître Nelson Kodom Ampieh Ndong, avocat au Barreau de Pointe Noire et membre du Groupe d’Action contre l’Impunité GAI

Prenant à son tour la parole, Jean Aimé Brice Mackosso, Secrétaire Permanent de la Commission Diocésaine Justice et Paix de Pointe Noire, exprimera les appréhensions de l’Organisation qu’il dirige en se posant la question, face aux tueries répétées perpétrées par les forces de sécurité publique, de savoir s’il n’y a pas d’autres moyens pour traiter les questions de criminalité dans la ville de Pointe Noire. Et de poursuivre en ces termes :

« Nous nous rendons bien compte, mais ne savons pas s’il y a des instructions formelles qui ont été données à notre Police de pouvoir tuer toute personne ayant été soupçonnée d’être « bébé noir », « américain » ou autre « arabe ». Nous avons aussi constaté dans notre ville que nous sommes résignés et que la peur a gagné tous les esprits. Nous sommes victimes, mais des victimes silencieuses. Personne n’ose se lever pour dire ce qu’il vit dans sa chair. Des familles endeuillées ont été empêchées de tenir leur deuil. Des parents ont été empêchés d’accéder à la dépouille de leur fils, filles, frère ou sœur. »

C’est donc pour soutenir ces populations de Pointe Noire que la Commission Justice et Paix a discuté avec onze avocats, du Groupe d’Action contre l’Impunité GAI (pour info, voir : https://www.cjusticepaix-pnr.org/nous-soutenir) qui ont accepté d’accompagner bénévolement les familles concernées devant les formations de jugement afin que justice soit rendue aux familles des victimes .


Jean Aimé Brice Mackosso, Secrétaire Permanent de la Commission Diocésaine Justice et Paix de Pointe Noire


Jean Aimé Brice Mackosso égrènera le chapelet de tous les cas dont a été saisie la Commission Justice et Paix et qui sont pendants devant la justice mais qui peinent à aboutir soit parce que les gendarmes présumés coupables n’ont, à ce jour, encore jamais été présentés au juge pour être écoutés alors même que ce dernier en a fait expressément la demande ou que le recours préalable adressé au Ministre de la Justice soit resté jusqu’à présent sans suite.

Au regard de tout cela, la Commission Justice et Paix, dira Jean Aimé Brice Mackosso, souhaiterait briser le silence sur ce qui se passe dans la ville de Pointe Noire. Car il n’est pas possible, martèlera-t-il, qu’on continue à tuer impunément des gens dans cette ville et que la justice ne soit pas capable de juger les criminels. La Commission Justice et Paix demande aux autorités administratives, politiques et au commandement de la force publique à Pointe Noire de mettre un terme à ces genres d’agissements car la constitution que le peuple congolais s’est donné en Octobre 2015 abolit la peine de mort et partant, il est inconcevable que la force publique continue de tuer impunément. Elle demande aussi au commandement de la force publique d’accéder à la demande de la justice en déférant les policiers et gendarmes soupçonnés de crime devant la justice de « notre Pays ». La CDJP, par le biais de son Secrétaire Permanent, recommande à la force publique d’ouvrir un dialogue avec les citoyens pour renforcer les renseignements pouvant aider à traquer les malfrats.



Pour finir, la CDJP en appellera aux chrétiens membres de la force publique exerçant comme militaires, policiers et gendarmes, à rendre témoignage à leur foi de chrétiens car, dira l’orateur, on ne peut pas se dire chrétiens à la paroisse et se comporter dans le milieu professionnel comme si l’on n’a jamais été en contact avec l’Evangile. Il a aussi exhorté les familles des victimes à surmonter leur peur et à se faire accompagner par les avocats du Groupe d’Action contre l’Impunité (GAI) pour que justice leur soit rendue.

191 vues
nous contacter
nous joindre

BP: 659 Pointe-noire

Tél.: +242 05 557 90 81

office@cjusticepaix-pnr.org

COMMISSION JUSTICE ET PAIX ARCHIDIOCESE DE POINTE-NOIRE

© 2018 PAR CDJP. PROPULSE PAR WIX.COM