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Construire la paix à partir d´ élections transparentes, libres et démocratiques:

Les Églises Évangélique et Catholique du Congo se mobilisent


„Comment les Eglises Catholique et Evangélique du Congo peuvent-elles contribuer de manière efficiente à la réussite du processus électoral au Congo ?“ C’est le thème de la consultation entre les deux institutions religieuses qui s´est tenue le 7 Juillet dernier dans la salle de conférences de la Commission Épiscopale de l´Éducation Catholique, CEEDUC à Brazzaville.

Organisée conjointement par la Commission Episcopale Justice et Paix (CEJP) et l’Action Evangélique pour la Paix (AEP), deux services des Eglises Catholique et Evangélique du Congo (EEC), cette consultation sur l´observation des élections a rassemblé une vingtaine de participants des deux institutions religieuses.

Abbé Félicien Mavoungou. Coordonnateur national CEJP

En tout trois panels de discussion ont meublé l´atelier dirigé conjointement

par l´abbé Félicien Mavoungou, Coordonnateur national de la CEJP et la Pasteure Nelly MFOUTOU KADO, Coordonnatrice Nationale de l’Action Evangélique pour la Paix (AEP).

Modéré par la Pasteure Nelly MFOUTOU KADO, le premier panel a été animé par Samuel NSIKABAKA, Christian MOUNZEO et Brice MACKOSSO respectivement Secrétaire Général de la Fondation NIOSI, Président de la Rencontre Pour la Paix et les Droits de l’Homme (RPDH), Secrétaire Permanent de la Commission Diocésaine Justice et Paix de Pointe Noire (CDJP-PNR), tous membres de la coalition Tournons La Page-Congo puis de la campagne Publiez Ce Que Vous Payez.

Samuel Nsikabaka. Secrétaire Général, Fondation NIOSI

Le premier intervenant, Samuel NSIKABAKA, a fait un rappel historique des conflits armés que le Congo a connus de 1993 à 2020. Tous ces conflits, a-t-il dit, ont eu la particularité de se déclencher soit à l’orée d´ une échéance électorale ou après, avec pour seul enjeu l’accès ou bien le maintien au pouvoir de leurs instigateurs. Ces conflits n’ont pas permis une alternance démocratique. Bien au contraire, le processus démocratique a connu un recul et sur le plan humanitaire, ils ont créé un environnement propice aux violations massives des droits humains, a conclu l´orateur.

Intervenant à son tour, Christian MOUNZEO est revenu quant à lui, sur l’impact desdits conflits sur les droits humains en République du Congo. Il rappellera les différents instruments juridiques internationaux de protection des droits humains, notamment la Déclaration Universelle des Droits de l´Homme, le Pacte International relatif aux Droits Civils et Politiques, le Pacte International relatif aux Droits Economiques, Sociaux et Culturels ainsi que Les instruments juridiques nationaux de protection de ces droits. En effet, toutes les Constitutions du Congo font une place importante aux droits et libertés fondamentaux, a-t-il relevé. Cela apparaît évidemment dans les Constitutions post-Conférence Nationale Souveraine à savoir: les Constitutions du 15 mars 1992, du 20 janvier 2002 et 6 novembre 2015. Mais, déplorera-t-il, „tous ces instruments juridiques n’ont jamais été respectés lors des conflits, entrainant de facto, la commission de crimes de guerre et contre l’humanité en violation des Conventions de Genève de 1948. En d’autres termes, des personnes ne prenant pas part aux conflits ont été exécutées du fait de leur appartenance ethnique ou régionale ; des écoles, des hôpitaux et des Eglises ont été bombardés ou détruits : ce qui n’a plus permis la réalisation des droits à l’éducation et à la santé sans oublier la liberté de religion ou de croyance.

Christian Mounzeo. Pdt. RPDH

En conclusion, Christian MOUNZEO proposera quelques pistes de réflexion : Comment l’Eglise peut-elle lutter contre l’impunité de ces violations?  Comment garantir les droits des victimes? Comment situer les responsabilités pour assurer aux victimes des réparations, qui soient justes ? Comment garantir que la Force Publique ne fasse plus peur, ne traumatise plus, mais rassure plutôt? Comment l’Eglise peut-elle s’impliquer pour que les processus électoraux soient transparents et ouverts?

Brice MACKOSSO en ce qui le concerne, axera ses propos sur la nécessité de construire la paix à partir d´élections transparentes, libres et démocratiques. Dans un langage très imagé, il a comparé la paix à une maison dont le principal fondement est le respect d’une Constitution solide.

Brice Mackosso. Secrétaire Permanent CDJP-PNR

C’est ainsi qu´il a expliqué que la Constitution est un texte sacré auquel l’on doit croire comme l’on croit à la Bible. Malheureusement, l’histoire constitutionnelle du Congo a été marquée par plusieurs changements de Constitutions depuis l’indépendance jusqu’à nos jours, occasionnant l ´instabilité des institutions. C’est pour cela qu’il a souhaité que le Congo revienne au constitutionnalisme véritable qui obéit à des caractéristiques ou critères bien définis. Pour lui, l’alternance démocratique n’est possible que si le processus électoral est bien engagé et les élections bien organisées. Mais, a-t-il insisté, l’aboutissement de tout ceci dépend de la qualité des personnes qui participent au processus électoral. „Il n’y a pas de processus électoral sans citoyens c’est-à-dire des personnes, qui connaissent leurs droits et devoirs et sont en mesure de faire un vote responsable d’une part, et de demander des comptes aux gouvernants, d’autre part. „L’Eglise devra développer une pastorale dans le sens de la mobilisation des fidèles à s’intéresser à la vie de la nation en acceptant de : se faire enrôler sur les listes électorales et de voter en toute responsabilité le jour même du scrutin.“ Brice Mackosso finira son interventions en soulignant que la réussite du processus électoral dépend aussi de la qualité des institutions chargées d’organiser les élections. „Il faut des institutions fortes composées de professionnels et d´un bon juge électoral capable de mieux connaître du contentieux électoral.“

„Quelles stratégies pour organiser une élection transparente et apaisée ?“ C’est la réflexion qui a été au menu du du deuxième panel animé par l’Abbé Félicien MAVOUNGOU et Victor MOUSSOKI sous la modération de la Pasteure Nelly MFOUTOU KADO.

Prenant la parole, l’Abbé Félicien MAVOUNGOU a rappelé que le vote est un droit consacré par les instruments juridiques internationaux, régionaux et nationaux de protection des droits humains. Il a aussi fixé les participant(e)s sur le cadre juridique relatif à l’observation électorale, notamment au niveau sous-régional. Ainsi, il a fait allusion à la Déclaration de Brazzaville sur l’accréditation des observateurs des élections en Afrique centrale. A en croire l’intervenant, l’élection rend légitime et crédible les dirigeants élus ; d’où il est important pour la société civile de s’engager dans l’observation des élections. C’est pourquoi il est revenu longuement sur la formation des personnes devant observer les élections de sorte qu’elles soient mieux fixées sur leur mission et l’exercent en toute responsabilité. Il a conclu son propos par quelques propositions à savoir : l’approfondissement et l’analyse de la question électorale par l’Eglise ; la formation des chrétiens à l’observation électorale ; les mesures incitatives sur l’enrôlement des fidèles sur les listes électorales ; la participation effective des chrétiens au dépouillement des bulletins de vote.

Victor MOUSSOKI. Église Évangélique du Congo.

Victor MOUSSOKI quant à lui, a passé en revu certains textes juridiques ayant trait au processus électoral puis évoqué certaines lettres pastorales, notamment celle des évêques camerounais sur les élections. La question du positionnement de l’Eglise par rapport au processus électoral a été au cœur de son propos. En effet, de son point de vue, l’Eglise ne concourt pas à l’expression du suffrage universel, mais participe dans les cadres de l’observation électorale et de la mobilisation des fidèles à prendre part au vote sans donner de consignes. L’intervenant s´est montré optimiste quant à la capacité de l’Eglise de mobiliser les fidèles : „les fidèles sont toujours à l’écoute du clergé et il y a nécessité de mettre en place une grande communication sur des bonnes causes comme celles qui ont trait aux questions citoyennes. Les leviers de mobilisation existent même au sein de l’Eglise : le cas des différents services par lesquels l’Eglise s’engage sur les questions sociales ou sociétales, notamment l’AEP, les Commissions Justice et Paix, les Caritas, les écoles conventionnées, les aumôneries aux Armées, aux hôpitaux… Pour ce faire, l’Eglise doit sortir de la peur et garder son unité afin d´être plus forte. Enfin, elle doit développer un plaidoyer sur la lutte contre la pauvreté car tout appauvrissement des populations est un facteur bloquant à la réalisation d’une alternance démocratique“ a-t-il insisté.

Pasteure Nelly MFOUTOU KADO. Cord. AEP.

Le troisième panel, Modéré par Alain Didié Cyriaque LOUGANANA, Chargé de Programme TLP-Congo au sein de la Commission Diocésaine Justice et Paix de Pointe Noire (CDJP-PNR) a porté sur l’implication de l’Eglise dans la réalisation d’un bon processus électoral. Il a été co-animé par la Pasteure Nelly MFOUTOU KADO et l’Abbé Félicien MAVOUNGOU.

Dans son propos liminaire, la Pasteure Nelly MFOUTOU KADO a évoqué tous les symptômes qui ont caractérisé et freiné le processus démocratique en République du Congo. Au nombre de ceux-ci, la fraude électorale, l’instrumentalisation de la Constitution et toutes les violences qui en ont découlé. De ce malheureux constat l’oratrice a mis en perspective le rôle que l’Eglise est appelée à jouer d’autant qu´elle possède de l´expertise en matière électorale comme l’en attestent les différentes sessions d’observation électorale qu’elle a organisées en 2016 et 2017 et le déploiement sur le terrain des observateurs lors des élections présidentielle, législative et locale qui ont eu lieu pendant ces années-là. La participation de l’Eglise doit couvrir tout le cycle électoral du début à la fin, insistera-t-elle. Elle ajoutera qu´il incombe à l’Eglise le devoir de vérité des urnes dans la mesure où le rapport qu’elle doit produire est un instrument qui éclaire l’opinion sur les faiblesses et les atouts du processus électoral. C’est en cela que l’intervenante a partagé l’expérience de la CENCO en RDC dans l’accompagnement du processus électoral. Cette expertise, a-t-on pu comprendre, traduit la contribution de l’Eglise à la construction d’une société marquée par les valeurs de justice, de tolérance et de paix. Mais pour y arriver, l’Eglise devra se mobiliser et mobiliser davantage à travers différents instruments dont elle dispose pour lutter contre certains fléaux, notamment le repli identitaire, la corruption, le clientélisme politique ou électoral qui entravent ou dénaturent le processus électoral et le renouvellement de la classe politique. L’Eglise doit organiser une série d’actions, qui font d’elle non seulement une force de dénonciation, mais aussi et surtout une force de proposition. Elle doit organiser des conférences, et colloques en lien avec le processus électoral et préserver sa neutralité vis-à-vis des acteurs politiques.

Prenant à son tour la parole, l´abbé Félicien MAVOUNGOU a partagé son expérience en matière d’observation électorale dans le cadre des missions de la Conférence Épiscopale des États d´Afrique Centrale (CEEAC) auxquelles il participe régulièrement; la dernière en date l’ayant conduit en République centrafricaine en 2016. Il s’est focalisé sur le rôle que l’Eglise joue en Afrique centrale dans la formation des chrétiens à l’observation des élections. Pour lui ces expériences doivent être capitalisées et peuvent servir dans d’autres pays.

Tous les panels ont été suivis déchantes interessants portant entre autre sur les efforts de la société civile et de l’Eglise dans la construction de la paix au Congo-Brazzaville, la mise en place d’un programme de renforcement des capacités des leaders religieux sur les questions citoyennes et le plaidoyer de toutes les Eglises chrétiennes (réunies dans l’œcuménisme) auprès des pouvoirs publics et d’autres acteurs en vue de lui garantir une participation effective au processus électoral.

À l´issue des consultations, des recommandations ont été formulées et un plan d´action devant être finalisé dans tous les détails adopté, donnant la priorité à la formation à l’observation électorale comme première activité ; l’observation électorale elle-même comme deuxième activité.

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